Critiques
L’économie « solidaire » a notamment été critiquée par certains économistes et philosophes libéraux qui ont en particulier soulevé le risque qu’elle ait l’effet inverse de celui recherché, à savoir l’appauvrissement de tous et la dégradation des conditions de vie. Ainsi, l’économiste libéral Milton Friedman souligne que vouloir faire d’une entreprise autre chose que ce qu’elle est, à savoir une entité dont la finalité est de faire du profit, c’est obtenir l’effet exactement inverse : la pauvreté généralisée. Il résume cela de façon lapidaire en « la seule responsabilité sociale de l’entreprise c’est faire du profit ». Ignorer les règles élémentaires de l’économie, c’est pour Friedman décourager l’effort et nuire surtout aux plus pauvres.
Dans La Révolte d’Atlas (1957), la philosophe Ayn Rand adopte une position proche, soulignant que vouloir ignorer les règles de base de l’économie au profit d’objectifs « sociaux » ou « solidaires » c’est aller à la catastrophe selon elle. Elle dépeint ainsi une usine dont les dirigeants décident de fonctionner suivant les principes d’une économie sociale ou solidaire, ce qui débouche sur le chômage et la pauvreté pour tous : plus aucune incitation n’est là pour motiver les travailleurs et la rémunération non au mérite mais selon les besoins a fait fuir les plus compétents tout en introduisant la jalousie et la haine.
Plus récemment, l’économiste libéral Pascal Salin soulignait dans Libéralisme (2000) que l’« économie sociale » ou sa composante « solidaire » ne permette pas à ses yeux un exercice clair des responsabilités individuelles et entrainaient une déresponsabilisation nuisible à tous car la liberté individuelle ne trouve plus sa contrepartie nécessaire dans la responsabilité. Il écrit ainsi : « On ne peut pas dire qu’il existe différents modes d’organisation de la responsabilité sociale (ou responsabilité à l’égard d’autrui) ; il y en a un seul : la définition des droits de propriété. Le marché en est la résultante éventuelle, mais ni nécessaire ni suffisante. S’il est fondé sur des droits de propriété, il est alors le seul système d’échange qui repose effectivement sur la responsabilité. Le secteur associatif, par exemple, l’économie sociale, si à la mode, sont des structures floues qui ne permettent pas l’exercice correct des responsabilités.»
